Cognac A de Fussigny, du bio dans la bouteille bio

La bouteille du 2050 Organic Cognac de la maison A de Fussigny est réalisée en lin tressé et résine bio-sourcée.

La maison de Cognac A de Fussigny, basée en bord de Charente, dans la ville éponyme, s’inscrit dans un trajet de viticulture biologique avec des principes de production et d’innovation garantissant un spiritueux naturel contenu dans une fiole respectueuse de son contenu. En mai dernier, à l’occasion du salon ProWein de Düsseldof, l’entreprise a révélé un cognac bio, dit Cru 2050, conditionné dans une bouteille en lin, conçue par la startup toulousaine Green Gen Technologies. Cette proposition illustre l’ADN de la maison qui veut respecter, défendre et promouvoir le « mieux produire », indique A. de Fussigny qui ne s’interdit donc pas de révolutionner les codes de l’embouteillage propres aux spiritueux premium pour mieux relever les défis écologiques. Ne préjugeons pas de la qualité de ce cognac puisque nous ne l’avons pas goûté, mais intéressons nous à cette bouteille en fibres de lin qui relève un défi majeur : se substituer au récipient de verre dont on connait les qualités de neutralité gustative, de transparence permettant d’apprécier la robe du liquide mais qui est lourd, fragile à la chute, ne protège pas d’une lumière excessive, est heureusement recyclable mais est très énergivore à la fabrication (1450 °, bonjour la facture !).

Certes, l’opacité du contenant frustre le dégustateur d’une vision directe de la robe du spiritueux mais elle protège le précieux liquide de la lumière. Il ne reste donc plus qu’à verser le Cognac dans un verre et le mirer avant de déguster.

Dive bouteille

Conçue par Green Gen Technologies la bouteille de lin a nécessité 4 ans de R&D et 400 000 € d’investissement. Le processus de fabrication s’inspire de celui des matériaux composites, la fibre de lin de France (premier producteur mondial!) étant associée à une résine végétale bio-sourcée qui rigidifie l’assemblage . A l’intérieur, un « fin liner» est nécessaire pour assurer l’étanchéité du contenant et la bonne conservation de l’alcool. Cette couche protectrice répond assurément aux contraintes réglementaires de l’emballage alimentaire mais il serait peut être nécessaire de l’identifier pour affirmer pleinement le caractère totalement bio du produit. Qu’en est-il du lin. «C’est une culture sans irrigation ni de traitement phytosanitaire, donc un produit très éco-responsable, à très bas bilan carbone, souvent même négatif », explique James de Roany, CEO de Green Gen Technologies. Notre liner pourrait être en PLA, plastique d’origine végétal pouvant être biosourcé, mais seul le rPET (r pour recyclé) offre pour l’instant l’effet barrière recherché. Nous étudions cependant d’autres solutions comme le greffage moléculaire (chromatogénie) qui devraient aboutir d’ici 3 ans, indique-t’on. En attendant nous avançons et notre liner devrait passer de 40 et 12 g en masse d’ici 12 mois. La « bouteille bio » n’existe mais la notre est éco-responsable et affiche un bilan carbone très vertueux. Ainsi, notre flacon ne pèse que 80g contre 500g ou plus pour l’équivalent en verre, donc chaque carton de 6 bouteilles économise 3 kg de verre et un container pour l’export en économise environ 11 tonnes soit beaucoup d’émission de CO2 en moins. De plus notre composite lin/résine se travaille à température ambiante alors que le verre n’est malléable qu’à 1450°C ». La non transparence du flacon est-elle un problème ? « Historiquement, le cognac était expédié en fût de bois avant l’arrivée des bouteilles en verre teinté, indique la Maison A. De Fussigny, on ne voyait donc pas la vraie couleur du cognac. Depuis une quarantaine d’années, l’usage du verre blanc et extra-blanc s’est répandu y compris pour les alcools vieillis mais de nombreuses marques restent fidèles au verre teinté comme Remy Martin VSOP, Hennessy Black et plus récemment encore D’Ussé XO ».

La Maison A. de Fussigny dirigée par Thomas Gonon s’évertue à promouvoir une production responsable issue de la viticulture biologique, élevée en fûts de chêne français et embouteillée dans un flacon atypique et éco-responsable.

Encre sympathique

La bouteille en lin revendique une empreinte carbone largement inférieure à celle du verre mais cela n’empêche pas A. de Fussigny d’en remettre une couche en annonçant une seconde innovation : un marquage de la bouteille par étiquetage réalisé en polymère naturel – donc sans papier – biodégradable et hydrosoluble. Finalement une vertueuse bouteille mais qui n’a d’intérêt véritable que par son contenu. Depuis 2018, la maison A. de Fussigny développe ses achats d’eaux-de-vie issues de l’agriculture biologique avec pour objectif d’être le leader des spiritueux les plus transparents d’origine, exclusivement naturels, et affichant l’impact carbone le plus réduit. Le « 2050 Organic Cognac » en bouteille de lin est donc un alcool « bio et vrai », qui rend hommage au patrimoine et aux convictions profondes de la Maison A. de Fussigny. Il est élaboré à partir d’eaux-de-vie bio soigneusement sélectionnées, vieillies en fûts de chêne français. Aucun additif (ni sucre, ni caramel) n’est ajouté, précise. Ne reste plus qu’à déguster !!

Green Gen Technologies...du lin à la bouteille

Lin tissé : A droite, la « chaussette » en lin tissé avant sa transformation en bouteille ultra légère (à gauche)

Le Franco-Britannique James de Roany est ingénieur en agriculture, diplômé de la London Business School, ancien de LVMH, viticulteur et négociant, ex Conseiller du commerce extérieur de la France, comme président de la commission « Vins et spiritueux ». Il a fondé à Toulouse Global Vini Services, agence de communication axée sur le marketing numérique des vins et spiritueux, et, en 2017, Green Gen Technologie, à l’origine de la bouteille en lin qu’il a co-inventé et dont la production démarre après plusieurs années de développement. Pour l’heure, le processus de fabrication de la Green Gen Bootle est encore artisanal. Une « bulle » de liner en rPET est soufflée dans un moule puis rigidifiée dans la forme désirée. Elle est ensuite introduite dans un tube souple – une chaussette – de longues fibres de lin tissées serré qui est enduit d’une résine durcissante bio-sourcée assurant la cohésion de l’ensemble. Le fond de la bouteille est ligaturé avec un retrait au centre pour assurer la stabilité du contenant tandis que son col est serti par une large bague qui permettra aussi le vissage du bouchon. L’étape suivante, en cours de développement, sera de tisser directement l’enveloppe de lin sur la forme de rPET durcie dont l’épaisseur doit aussi être réduite.

James de Roany, CEO de Green Gen Technologies met au point la technologie de fabrication des bouteilles en lin.

En parallèle, l’équipe de Green Gen Technologies travaille sur des matières bio-sourcées alternatives au rPET pétro-sourcé, pour aboutir bientôt à un contenant parfaitement éco-responsable. Dans une troisième phase il s’agira d’automatiser plus avant la chaîne de fabrication pour atteindre des volumes de production s’approchant de ceux de la bouteille en verre. La même méthode de fabrication est également utilisée pour faire une gourde de 500 ml, alternative au verre, à l’aluminium ou au plastique. Ce contenant en fibres végétales courtes, lin et bois, ce compose d’un corps fermé par un bouchon, d’une base dévissable permettant son nettoyage et d’une bride reliant les deux extrémités. Parfaitement éco-responsable, elle est assemblée dans un Esat périgourdin et est vendue 29 ! € sur le site « Mon gobelet en lin ».

A boire avec délectation et modération, évidemment.

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